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Pascal : apprendre à programmer en rendant la structure visible

De l’enseignement de Niklaus Wirth à UCSD Pascal et Turbo Pascal, découvrez comment Pascal a diffusé la programmation structurée.

Publié le 10 août 2026Lecture : 17 minPar Équipe Bethemesh
Débutant
Illustration d’un programme Pascal organisé en blocs et structures de données
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  1. Les origines : enseigner une programmation plus claire
  2. L’héritage d’ALGOL
  3. Un langage volontairement cohérent
  4. Pascal et la programmation structurée
  5. Les types comme outil de conception
  6. 1970 : naissance publique de Pascal
  7. Un langage pensé aussi pour les compilateurs
  8. Le p-code et l’idée d’une machine intermédiaire
  9. UCSD Pascal et la portabilité
  10. Le langage d’une génération d’étudiants
  11. Les limites du Pascal original
  12. Standardiser sans supprimer les dialectes
  13. Pascal arrive sur les micro-ordinateurs
  14. 1983 : la révolution Turbo Pascal
  15. Anders Hejlsberg et l’obsession de la vitesse
  16. Borland transforme le compilateur en produit
  17. Pascal rencontre la programmation objet
  18. Delphi : la seconde grande vie de Pascal
  19. Modula et Oberon : Wirth continue d’avancer
  20. Pascal face au langage C
  21. Pascal face à FORTRAN
  22. Pascal face à C++
  23. Une influence plus large que sa part de marché
  24. Pourquoi Pascal a reculé
  25. Pascal aujourd’hui
  26. L’héritage intellectuel de Pascal
  27. Ce que son histoire nous apprend
  28. Pourquoi Pascal compte encore
  29. À quoi ressemble réellement un programme Pascal ?
  30. Records, ensembles et pointeurs : Pascal n’était pas un jouet
  31. La rigueur de Pascal avait aussi un coût
  32. Turbo Pascal change aussi l’économie des outils de développement
  33. De Turbo Pascal à Delphi : l’IDE devient une partie du langage vécu
  34. Pascal, Java et Python : trois visions de l’enseignement
  35. Une influence sur les concepteurs, pas seulement sur les utilisateurs
  36. Pascal et la notion de « langage dépassé »
  37. Une idée simple qui traverse les décennies
  38. Questions fréquentes
  39. Qui a créé Pascal ?
  40. Pourquoi le langage s’appelle-t-il Pascal ?
  41. Pascal a-t-il été créé uniquement pour l’enseignement ?
  42. Quelle différence entre Pascal et Turbo Pascal ?
  43. Qu’est-ce qu’Object Pascal ?
  44. Delphi est-il encore du Pascal ?
  45. Pourquoi Pascal a-t-il perdu en popularité ?
  46. Pascal est-il encore utilisé aujourd’hui ?
  47. Pascal a-t-il influencé les langages modernes ?
  48. Pourquoi étudier encore l’histoire de Pascal ?

Pascal occupe une place singulière dans l’histoire de la programmation. Créé par Niklaus Wirth à la charnière des années 1960 et 1970, il n’a pas été pensé pour battre tous les langages existants sur tous les terrains. Son ambition première est plus précise : fournir un outil assez simple pour enseigner la programmation de manière rigoureuse, tout en restant suffisamment complet pour écrire de vrais programmes.

Cette ambition pédagogique aura des conséquences considérables. Pascal formera des générations de développeurs, influencera la manière d’enseigner les algorithmes et les structures de données, se diffusera grâce à UCSD Pascal, puis connaîtra une seconde explosion avec Turbo Pascal sur micro-ordinateur. Sa lignée conduira également à Object Pascal et Delphi.

Pour comprendre Pascal, il faut donc regarder au-delà de sa syntaxe. Son histoire raconte l’évolution de la programmation structurée, des compilateurs, de la portabilité et des environnements de développement.

Les origines : enseigner une programmation plus claire

À la fin des années 1960, les langages de programmation gagnent en puissance, mais l’enseignement reste difficile. Les grands systèmes mêlent souvent contraintes matérielles, contrôle irrégulier et fonctions accumulées pour les professionnels. Niklaus Wirth veut un langage dans lequel la structure d’un algorithme soit visible dans le code source. Pascal naît de cet objectif pédagogique et d’ingénierie, et non d’une volonté de dominer tous les domaines de l’informatique.

L’héritage d’ALGOL

Pascal appartient à la famille ALGOL. ALGOL 60 avait déjà imposé les blocs, la portée lexicale et une notation qui influencera plusieurs générations de langages. Wirth participe aux travaux autour d’ALGOL puis à ALGOL W. Pascal conserve l’idée qu’un programme doit être organisé en blocs, procédures et fonctions explicites, tout en restant assez compact pour l’enseignement et une compilation efficace.

Un langage volontairement cohérent

Sa conception privilégie un petit ensemble cohérent : variables typées, instructions structurées, procédures, fonctions, tableaux, enregistrements, ensembles, énumérations, sous-intervalles, pointeurs et structures définies par le programmeur. Ces mécanismes incitent à décrire la forme des données aussi soigneusement que les opérations. Le compilateur peut ainsi détecter de nombreuses incohérences avant l’exécution.

Pascal et la programmation structurée

Pascal devient étroitement associé à la programmation structurée. Plutôt que d’organiser le programme autour de sauts arbitraires, les boucles expriment la répétition, les conditions les choix et les procédures la décomposition. L’enjeu n’est pas seulement esthétique : lorsque la structure du contrôle correspond à celle du texte, le programme devient plus facile à raisonner, enseigner, relire et maintenir.

Les types comme outil de conception

Le système de types est particulièrement visible pour un langage pédagogique. Les énumérations modélisent un domaine fini, les sous-intervalles restreignent des valeurs, les records regroupent des champs hétérogènes, les ensembles représentent des collections et les tableaux décrivent des structures indexées. Pascal enseigne ainsi que choisir une représentation de données fait partie de la conception d’un algorithme.

1970 : naissance publique de Pascal

Wirth publie la première description de Pascal en 1970. Le langage est affiné avec les premières implémentations, et le Pascal User Manual and Report de Kathleen Jensen et Wirth devient une référence. Sa relative simplicité facilite les portages, tandis que sa définition précise aide les universités à l’adopter pour les cours d’algorithmique et de programmation.

Un langage pensé aussi pour les compilateurs

Pascal reflète aussi l’intérêt de Wirth pour la construction des compilateurs. Un langage destiné à l’enseignement ne doit pas exiger un compilateur incompréhensible. Sa grammaire et ses règles permettent aux étudiants de comprendre non seulement comment programmer, mais également comment un langage est analysé et traduit. Ce lien entre conception et implémentation fait partie de son héritage.

Le p-code et l’idée d’une machine intermédiaire

L’une des stratégies d’implémentation les plus influentes est le p-code. Un compilateur Pascal peut produire des instructions pour une machine abstraite à pile plutôt que le code machine d’un processeur précis. Un interpréteur relativement petit exécute ensuite cette représentation intermédiaire. Cette solution facilite la portabilité et préfigure les machines virtuelles et systèmes de bytecode devenus courants.

UCSD Pascal et la portabilité

UCSD Pascal, développé à l’Université de Californie à San Diego, transforme cette approche en environnement largement portable. Son p-System fonctionne sur plusieurs types d’ordinateurs et aide Pascal à dépasser une seule famille matérielle. À la fin des années 1970 et au début des années 1980, c’est essentiel : le marché des micro-ordinateurs rassemble de nombreux processeurs incompatibles.

Le langage d’une génération d’étudiants

Pascal devient l’un des grands langages d’enseignement des années 1970 et 1980. Des générations d’étudiants découvrent variables, boucles, récursivité, records, pointeurs, algorithmes et structures de données avec lui. Sa syntaxe oblige à rendre certaines décisions explicites. Cette rigueur peut sembler contraignante, mais elle apprend la décomposition et la discipline des types.

Les limites du Pascal original

Le langage original est volontairement compact, et cette simplicité montre ses limites dans les logiciels commerciaux. Les entrées-sorties sont limitées, la compilation séparée n’est pas normalisée au départ, les chaînes et interfaces système varient selon les implémentations. Les programmeurs dépendent donc souvent d’extensions, et Pascal devient en pratique une famille de dialectes.

Standardiser sans supprimer les dialectes

La normalisation cherche à distinguer le langage des extensions propres aux fournisseurs. Les standards ISO formalisent Pascal puis Extended Pascal. Ils améliorent théoriquement la portabilité, mais les environnements populaires ont déjà créé leurs bibliothèques et conventions. Cette tension entre un standard propre et des extensions utiles se retrouve dans toute l’histoire des langages.

Pascal arrive sur les micro-ordinateurs

L’arrivée des micro-ordinateurs change le public de Pascal. Il ne s’agit plus seulement d’un langage universitaire. Les ordinateurs personnels créent une demande pour des compilateurs abordables, rapides et intégrés. Pascal est bien placé : beaucoup de programmeurs l’ont appris à l’école ou à l’université et ses programmes compilés offrent de bonnes performances sur des machines modestes.

1983 : la révolution Turbo Pascal

Le produit décisif est Turbo Pascal, lancé par Borland en 1983. Il réunit éditeur, compilateur et cycle de développement dans un ensemble rapide et peu coûteux. Sa vitesse de compilation devient légendaire face à de nombreux outils contemporains. Turbo Pascal démontre que l’environnement de développement peut être un avantage compétitif aussi important que la spécification du langage.

Anders Hejlsberg et l’obsession de la vitesse

Une figure centrale de Turbo Pascal est Anders Hejlsberg. Son travail sur le compilateur contribue à rendre le produit exceptionnellement réactif sur les PC. Il deviendra ensuite un architecte majeur de Delphi, C# et TypeScript. Cette continuité est importante : l’influence de Pascal survit aussi à travers les personnes et les idées qui façonnent les générations suivantes d’outils.

Borland transforme le compilateur en produit

Borland enrichit Turbo Pascal au fil des versions : unités pour organiser les modules, débogage, extensions objet et outils de développement de plus en plus sophistiqués. Le produit devient une porte d’entrée vers la programmation professionnelle pour des étudiants, passionnés et développeurs de logiciels de gestion sous DOS.

Pascal rencontre la programmation objet

La programmation orientée objet transforme la conception des langages dans les années 1980 et 1990. Les implémentations Pascal réagissent avec des extensions objet, tandis qu’Object Pascal d’Apple puis les dialectes de Borland intègrent davantage ces concepts. Pascal dépasse ainsi son modèle procédural initial, même si les différentes implémentations évoluent de manière distincte.

Delphi : la seconde grande vie de Pascal

En 1995, Borland lance Delphi, qui associe Object Pascal à un environnement visuel de développement rapide et à un framework de composants. Les développeurs conçoivent des interfaces Windows visuellement, connectent des gestionnaires d’événements, travaillent avec des bases de données et compilent des applications natives. Delphi prolonge commercialement la lignée Pascal bien après sa création pédagogique.

Modula et Oberon : Wirth continue d’avancer

Wirth ne considère jamais Pascal comme une réponse définitive. Il conçoit Modula puis Modula-2 pour mieux traiter la modularité et la programmation système, puis Oberon recherche encore davantage de simplicité. Cette succession révèle sa philosophie : un langage doit rester compréhensible et économique, puis être repensé lorsque l’expérience révèle ses faiblesses.

Pascal face au langage C

Pascal et C viennent approximativement de la même époque mais incarnent des priorités différentes. C devient profondément lié à Unix et à la programmation système, avec un contrôle de bas niveau et un modèle plus permissif. Pascal privilégie la structure explicite et la discipline des types, notamment dans l’enseignement. Leurs réputations dépendent autant de leurs écosystèmes que de leur syntaxe.

Pascal face à FORTRAN

Face à FORTRAN, Pascal représente une génération plus préoccupée par le contrôle structuré et les données définies par le programmeur. FORTRAN avait révolutionné le calcul scientifique en rendant la programmation de haut niveau praticable ; Pascal se concentre davantage sur l’organisation du programme. Les deux montrent qu’un langage réussit lorsqu’il sert efficacement une communauté et ses problèmes.

Pascal face à C++

C++ combine ensuite la compatibilité système de C avec des abstractions de plus en plus puissantes : classes, templates et programmation générique. Pascal suit une autre trajectoire, fondée initialement sur l’économie conceptuelle. Object Pascal et Delphi ajoutent des abstractions riches tout en conservant généralement des déclarations lisibles et une structure explicite.

Une influence plus large que sa part de marché

L’influence de Pascal dépasse largement ses descendants directs. L’idée qu’un langage puisse enseigner la construction disciplinée des programmes marque les cursus du monde entier. Vérification statique, contrôle structuré, interfaces explicites, compilation rapide et environnements intégrés deviennent des attentes normales dans de nombreux écosystèmes. Pascal contribue à banaliser ces qualités.

Pourquoi Pascal a reculé

Le recul de Pascal n’est pas dû à un unique défaut technique. C et C++ dominent de nombreux logiciels système et commerciaux. Unix puis les écosystèmes open source favorisent la famille C. Java devient important dans l’enseignement et l’entreprise dans les années 1990. Les langages de script simplifient beaucoup de tâches, tandis que les plateformes Microsoft transforment le marché desktop où Delphi était fort.

Pascal aujourd’hui

Pascal n’a pourtant jamais disparu. Delphi reste utilisé et Free Pascal avec Lazarus fournit un compilateur et un environnement open source multiplateforme. Des applications métier existantes, projets pédagogiques, communautés de passionnés et logiciels spécialisés utilisent toujours des langages de la famille Pascal. Un langage peut quitter le centre de la mode tout en restant utile pendant des décennies.

L’héritage intellectuel de Pascal

L’héritage le plus profond de Pascal n’est pas un mot-clé particulier. C’est une vision de la programmation comme construction de structures compréhensibles. Les types expriment des intentions, les blocs révèlent la portée, les procédures décomposent le comportement et les structures de données méritent une conception explicite. Le compilateur doit aider à détecter les erreurs et l’outil ne doit pas ralentir la pensée.

Ce que son histoire nous apprend

Pascal rappelle aussi comment évaluer les anciens langages. Juger le langage de 1970 selon les seuls besoins du Web ou du cloud moderne manque son objectif historique. Il naît à une époque de ressources rares et d’expansion rapide de l’enseignement informatique. Dans ce contexte, son mélange de simplicité, discipline, portabilité et facilité d’implémentation est remarquablement efficace.

Pourquoi Pascal compte encore

Pascal est donc bien davantage qu’un langage dont certains se souviennent à l’école. Il relie la recherche issue d’ALGOL à la programmation structurée, l’enseignement des compilateurs, les machines virtuelles portables, la révolution du micro-ordinateur, les IDE, Object Pascal et Delphi. Son histoire montre comment un langage conçu pour la clarté peut influencer l’ingénierie logicielle bien au-delà de son pic de popularité.

À quoi ressemble réellement un programme Pascal ?

La réputation pédagogique de Pascal vient aussi de la façon dont un programme expose son organisation. Les déclarations apparaissent avant les instructions qui les utilisent. Les types peuvent être nommés. Les procédures et fonctions isolent des responsabilités. Un bloc principal est clairement délimité. Même sans connaître chaque détail de la syntaxe, un lecteur peut souvent repérer les données, les sous-programmes et le déroulement général.

Cette visibilité contraste avec des styles historiques où les numéros de ligne et les branchements pouvaient jouer un rôle beaucoup plus important. Pascal n’a évidemment pas inventé seul la programmation structurée, mais il en a fourni une incarnation particulièrement adaptée à l’enseignement.

Le langage rend également la récursivité naturelle. Une procédure peut appeler une autre procédure, ou elle-même, ce qui permet d’enseigner des algorithmes sur les arbres, les tris ou les structures récursives sans recourir à des mécanismes artificiels. Les procédures imbriquées et la portée lexicale permettent en outre de limiter certaines données à la partie du programme qui en a réellement besoin.

Records, ensembles et pointeurs : Pascal n’était pas un jouet

L’image d’un langage uniquement destiné aux premiers exercices masque la richesse de son modèle de données.

Les records permettent de regrouper plusieurs informations de types différents dans une seule structure. Ils jouent un rôle comparable, pour la représentation de données, à celui que les structures auront dans d’autres familles de langages.

Les sets offrent des opérations proches des ensembles mathématiques. Pour certains problèmes, ils permettent une expression particulièrement concise de l’appartenance, de l’union ou de l’intersection.

Les pointeurs donnent accès à des structures dynamiques et rendent possibles listes chaînées, arbres et graphes. Pascal peut donc servir à enseigner la gestion de structures de données non triviales.

Cette combinaison est importante : Wirth ne cherche pas seulement une syntaxe facile à mémoriser. Il cherche un langage permettant d’associer les algorithmes aux structures de données appropriées, thème qui deviendra central dans son travail et dans son célèbre ouvrage Algorithms + Data Structures = Programs.

La rigueur de Pascal avait aussi un coût

Les qualités pédagogiques du langage peuvent devenir des contraintes dans certains usages.

Un système de types volontairement strict peut rendre certaines opérations de bas niveau moins directes. Les premières définitions du langage ne répondent pas à tous les besoins de modularité des gros logiciels. Les bibliothèques système et les interfaces avec le matériel dépendent fortement des implémentations.

Les développeurs professionnels réclament donc des extensions.

Ce phénomène n’est pas spécifique à Pascal. Un langage minimal rencontre presque toujours une tension lorsqu’il passe de l’enseignement ou de la recherche à des milliers d’applications réelles. Les utilisateurs veulent conserver la cohérence du coeur tout en obtenant chaînes pratiques, unités, accès système, bibliothèques graphiques, débogage et mécanismes de déploiement.

Turbo Pascal puis Delphi doivent une grande partie de leur succès à leur capacité à résoudre ces problèmes autour du langage.

Turbo Pascal change aussi l’économie des outils de développement

L’importance de Turbo Pascal ne vient pas seulement de sa vitesse.

Au début des années 1980, les outils professionnels peuvent être coûteux, fragmentés et peu accessibles aux particuliers. Borland propose un produit vendu à un prix agressif, facile à installer et immédiatement utilisable.

Le programmeur peut modifier son code, lancer une compilation et observer rapidement le résultat. Ce cycle très court change la sensation du développement.

Aujourd’hui, l’instantanéité d’un IDE, d’un serveur de développement ou d’un compilateur incrémental paraît normale. À l’époque, elle constitue un argument spectaculaire.

Turbo Pascal participe ainsi à la démocratisation de la programmation sur PC. Il permet à des étudiants et passionnés de disposer chez eux d’un environnement qui ne ressemble plus à une version dégradée des outils professionnels.

De Turbo Pascal à Delphi : l’IDE devient une partie du langage vécu

Un langage existe sur le papier à travers sa grammaire et sa sémantique. Pour le développeur, il existe surtout à travers ses outils.

Delphi pousse très loin cette idée.

La palette de composants, le concepteur visuel de formulaires, l’inspecteur d’objets, le débogueur et le compilateur font partie d’une expérience cohérente. Un bouton placé sur une fenêtre peut être associé à du code événementiel. Des composants peuvent encapsuler des comportements complexes. Les applications de gestion et les interfaces Windows peuvent être développées rapidement tout en produisant du code natif.

Cette approche de Rapid Application Development influence profondément les attentes envers les environnements de développement.

Elle montre aussi que l’histoire d’un langage ne peut pas être séparée de celle de son IDE, de ses bibliothèques et de sa communauté.

Pascal, Java et Python : trois visions de l’enseignement

L’évolution des langages enseignés permet de comprendre le changement de place de Pascal.

Lorsque Java gagne du terrain dans les années 1990 et 2000, de nombreux cursus apprécient son modèle objet, son immense écosystème et sa machine virtuelle. Java correspond aussi davantage à certains besoins de l’industrie de l’époque.

Plus tard, Python devient extrêmement populaire pour l’initiation grâce à une syntaxe concise, un interpréteur interactif et un écosystème couvrant automatisation, Web, données et intelligence artificielle.

Cela ne signifie pas que Pascal était une mauvaise solution pédagogique. Les objectifs ont changé.

Pascal demande de rendre beaucoup de choses explicites. Python réduit souvent la quantité de syntaxe nécessaire avant d’obtenir un résultat. Ces deux approches peuvent être pédagogiquement défendables selon ce que l’on souhaite enseigner en premier.

Une influence sur les concepteurs, pas seulement sur les utilisateurs

L’héritage de Pascal passe également par les personnes qui ont travaillé avec lui.

Anders Hejlsberg est l’exemple le plus visible. Son parcours relie directement Turbo Pascal et Delphi à C# puis TypeScript. Il serait excessif de prétendre que ces langages sont simplement des descendants de Pascal : leurs influences sont nombreuses et leurs objectifs différents.

Mais l’attention portée à la productivité du développeur, aux outils, à la compilation et aux systèmes de types crée une continuité intellectuelle intéressante.

De son côté, Wirth poursuit avec Modula-2 et Oberon une recherche presque opposée à l’accumulation de fonctionnalités : comment conserver des systèmes suffisamment simples pour qu’une personne puisse réellement les comprendre ?

Ces deux trajectoires issues de l’univers Pascal — enrichir l’outil ou rechercher la simplicité — continuent d’alimenter des débats modernes.

Pascal et la notion de « langage dépassé »

Les langages sont souvent décrits comme s’ils se remplaçaient comme des générations de produits électroniques : un nouveau arrive et l’ancien deviendrait inutile.

L’histoire réelle est plus nuancée.

Un langage peut perdre les nouveaux projets grand public tout en restant excellent dans un domaine existant. Une base de code stable représente des années de connaissances métier. La réécrire simplement parce qu’un autre langage est plus populaire peut introduire des risques sans créer de valeur.

C’est pourquoi Delphi et Free Pascal peuvent rester pertinents pour certaines équipes.

À l’inverse, choisir Pascal pour un nouveau projet doit dépendre de critères concrets : bibliothèques disponibles, recrutement, plateformes cibles, maintenance et compétences de l’équipe. L’importance historique d’un langage ne suffit pas à en faire automatiquement le meilleur choix moderne.

Cette distinction entre valeur historique et choix technologique est essentielle pour étudier sérieusement l’informatique.

Une idée simple qui traverse les décennies

Le paradoxe de Pascal est qu’un langage conçu pour enseigner est devenu un véritable outil professionnel, puis que ses innovations professionnelles ont à leur tour influencé l’enseignement et les outils modernes. Turbo Pascal a montré l’importance d’une boucle de développement rapide. Delphi a montré la puissance d’un environnement visuel associé à un langage compilé et structuré. Les descendants conceptuels de Wirth ont poursuivi la recherche de simplicité.

Pascal n’est plus le langage dominant qu’il fut dans certains cursus ou sur certains micro-ordinateurs. Mais réduire son histoire à un souvenir scolaire serait une erreur. Il appartient au petit groupe de langages qui ont modifié non seulement ce que les programmeurs écrivent, mais aussi la manière dont on leur apprend à penser un programme.

Questions fréquentes

Qui a créé Pascal ?

Pascal a été conçu par Niklaus Wirth, informaticien suisse et professeur, à la fin des années 1960. La première description du langage est publiée en 1970.

Pourquoi le langage s’appelle-t-il Pascal ?

Wirth le nomme en hommage à Blaise Pascal, mathématicien et philosophe français du XVIIe siècle, également associé à l’histoire des machines à calculer.

Pascal a-t-il été créé uniquement pour l’enseignement ?

L’enseignement est un objectif majeur de sa conception, mais Pascal est rapidement utilisé pour de véritables logiciels. UCSD Pascal, Turbo Pascal, Object Pascal et Delphi étendent considérablement son domaine d’utilisation.

Quelle différence entre Pascal et Turbo Pascal ?

Pascal désigne le langage et sa famille. Turbo Pascal est un produit commercial de Borland lancé en 1983, comprenant un compilateur très rapide et un environnement intégré, avec des extensions qui évoluent au fil des versions.

Qu’est-ce qu’Object Pascal ?

Object Pascal désigne des extensions et dialectes de Pascal intégrant la programmation orientée objet. Le terme est notamment associé aux travaux d’Apple puis à la lignée Borland/Delphi.

Delphi est-il encore du Pascal ?

Oui. Le langage moderne de Delphi appartient directement à la famille Object Pascal, même s’il a beaucoup évolué par rapport au Pascal original de 1970.

Pourquoi Pascal a-t-il perdu en popularité ?

Son recul résulte surtout de l’évolution des écosystèmes : domination de C et C++, essor de Java, nouveaux langages de script, transformations du développement Windows et changements dans l’enseignement. Il ne s’agit pas d’une disparition brutale provoquée par un seul défaut.

Pascal est-il encore utilisé aujourd’hui ?

Oui. Delphi reste actif et Free Pascal/Lazarus maintient un écosystème open source. De nombreux logiciels existants et certains nouveaux projets utilisent toujours des langages Pascal.

Pascal a-t-il influencé les langages modernes ?

Oui, directement par sa famille et indirectement par ses principes : programmation structurée, discipline des types, compilation rapide, importance de la lisibilité et qualité des environnements de développement.

Pourquoi étudier encore l’histoire de Pascal ?

Parce qu’elle montre comment les objectifs pédagogiques, la conception d’un langage, les contraintes des compilateurs et la qualité des outils peuvent se renforcer mutuellement. Elle aide aussi à comprendre une partie de l’histoire qui relie ALGOL, les micro-ordinateurs, les IDE modernes et la programmation objet.

Sources et références

  1. 1.Niklaus Wirth — The Programming Language Pascal
  2. 2.Niklaus Wirth — Recollections about the Development of Pascal
  3. 3.Computer History Museum — Niklaus Wirth
  4. 4.Pascal User Manual and Report

Collection

Langages de programmation

  1. 01Grace Hopper : des premiers compilateurs à COBOL
  2. 02John Backus : FORTRAN, la notation BNF et le refus du code machine
  3. 03Dennis Ritchie : le langage C au cœur d'Unix
  4. 04FORTRAN : prouver qu'un compilateur peut rivaliser avec l'assembleur
  5. 05Le langage C : rendre les systèmes portables sans masquer la machine
  6. 06Niklaus Wirth : de Pascal à Oberon, concevoir par la simplicité
  7. 07Bjarne Stroustrup : concevoir C++ sans renoncer aux performances
  8. 08Pascal : apprendre à programmer en rendant la structure visible
  9. 09C++ : de C with Classes à un langage généraliste
  10. 10La programmation orientée objet : objets, messages et abstractions réutilisables
  11. 11Guido van Rossum : créer Python pour rendre le code lisible
  12. 12Brendan Eich : JavaScript, du prototype de Netscape au standard du Web
  13. 13James Gosling : l'ingénieur à l'origine de Java
  14. 14Python : la lisibilité, les batteries incluses et un écosystème mondial
  15. 15Java : écrire une fois, exécuter partout
  16. 16JavaScript : le langage qui a rendu le Web interactif
  17. 17Ken Thompson : d’Unix au langage Go, la simplicité comme méthode
  18. 18John McCarthy : Lisp et l’idée de programmer avec des symboles
  19. 19Alan Kay : Smalltalk et l’ordinateur comme média personnel
  20. 20Barbara Liskov : l'abstraction qui a rendu le logiciel modulaire
  21. 21Robin Milner : ML, la preuve assistée et les langages de l’interaction
  22. 22Brian Kernighan : AWK, Unix et l'art d'expliquer le code
  23. 23Anders Hejlsberg : de Turbo Pascal à C# et TypeScript
  24. 24Larry Wall : Perl, le langage qui a relié les outils d'Internet
  25. 25Yukihiro Matsumoto : Ruby et le bonheur du programmeur
  26. 26Rasmus Lerdorf : PHP et la démocratisation du Web dynamique

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